Homélie du dimanche 28 Février 2021 - 2ième dimanche de Carême - Année B      

        Chaque année, la liturgie nous fait lire, le 2ème dimanche de Carême, un moment important de la vie de Jésus et de ses apôtres. Cette année, nous venons d'écouter le récit que fait saint Marc de cet événement. Il se place au milieu du livre. Après son baptême par Jean-Baptiste, au bord du Jourdain, Jésus a passé 40 jours dans le désert, tenté par Satan, et lorsque Jean-Baptiste a été emprisonné par Hérode, il a commencé à appeler des disciples à le suivre et aussi à proclamer l'évangile aux personnes qu'il rencontrait. Il a guéri quelques malades qu'on lui présentait et lorsque des foules se rassemblaient pour l'écouter, il a multiplié les pains pour les nourrir avant de les renvoyer chez eux. Comme sa renommée se propageait, des pharisiens sont venus poser des questions à Jésus : "Par quelle autorité, fais-tu cela ?... donne-nous un signe venant du ciel !" Jésus veut sans doute rassurer ses disciples et leur redonner courage devant l'hostilité des chefs du peuple juif. Marc nous dit : "Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne". (Les auteurs de la nouvelle version liturgique ont cru bon de simplifier le texte en traduisant : En ce temps-là...) Saint Marc, dans son évangile, ne donne presque jamais d'indication chronologique sur le déroulement des événements. S'il précise ici, six jours après..., alors que tout ce qui précède n'est pas daté, c'est que cela a une signification théologique. Dans l'ancien testament, c'est le temps requis pour se purifier avant d'approcher de Dieu. "Après six jours, Dieu appela Moïse du milieu de la nuée, sur la montagne du Sinaï." (Exode 24,16). De même la Fête des Tentes à laquelle Pierre fera allusion lors de la vision, se célèbre six jours après la Fête des expiations, le Yom Kippour. Ces mentions précises, pour St. Marc, ont un sens théologique : six jours... Moïse... la nuée... la montagne.  Les 3 disciples que Jésus emmène à l'écart sont les mêmes qui ont été témoins du miracle de Jésus qui a rendu à la vie une jeune fille qui était morte (Marc 5,37). Et ce sont eux aussi que Jésus emmènera à l'écart au mont des oliviers, à Gethsémani, lors de son agonie, pour prier (Marc,14,33).

            Le récit de Marc dit simplement "Et il fut transfiguré devant eux..." Tous les détails qu'il donne, comme Mathieu et Luc, expriment la difficulté de rendre compte d'une expérience si particulière qu'il est difficile de la décrire avec des mots simples : "vêtements resplendissants... d'un blanc que personne sur terre ne peut obtenir..." Et Jésus est entouré par Moïse (la Loi) et Elie (le grand prophète). Comme si Dieu venait confirmer et accomplir tout l'Ancien Testament résumé dans l'expression : la loi et les prophètes. Pierre est aussi surpris que les autres, mais il voudrait que cet instant se prolonge, et il propose de dresser trois tentes pour, en quelques sorte, arrêter le temps, en profiter pour contempler "ce moment d'éternité", comme cela peut nous arriver quelquefois de souhaiter, devant un beau paysage, ou lors d'une belle rencontre, et que l'on se dit : si seulement cela pouvait durer ! Marc précise tout de même que Pierre ne savait plus ce qu'il disait...

             "Et de la nuée une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le !" La nuée, la voix de Dieu, rappelle ce qui est essentiel : écouter la parole de Dieu.  Les disciples vont continuer de suivre Jésus, de l'écouter avec encore plus de ferveur et de courage, ils le suivront jusqu'au pied de la croix, malgré leur faiblesse lors de l'arrestation de Jésus. Et après l'avoir vu vivant, ressuscité, l'avoir côtoyé et avoir reçu l'ordre d'aller partout dans le monde proclamer son évangile, ils témoigneront jusqu'au martyr de leur foi et de leur expérience unique.

          La première lecture nous racontait aussi l'expérience de quelqu'un qui a écouté la Parole de Dieu, avec une foi extraordinaire, que nous avons même du mal à accepter, Abraham. Le patriarche Abraham, déjà âgé, avait accueilli avec joie la promesse que Dieu lui avait fait de lui donner une descendance, et sa femme Sarah lui avait donné ce fils si attendu, Isaac. Et Voici que le Seigneur lui demande de lui offrir ce fils... (nos frères juifs ne parlent jamais du "sacrifice d'Isaac" mais emploient le mot proche de l'hébreu "la ligature d'Isaac"). Abraham se prépare à faire ce qu'il croit avoir compris, mais le Seigneur arrête son bras, et il offre un sacrifice avec comme victime un bélier. La leçon que les juifs ont tiré de cet épisode, et que nous pouvons aussi retenir, est que Dieu ne demande jamais de prendre une vie humaine pour l'honorer. Alors que au temps d'Abraham, et pendant les siècles suivants, bien des peuples voisins pratiquaient des sacrifices humains, le peuple juif a toujours réprouvé ce genre de culte et prenait les sacrifices humains comme une abomination. L'homme a été créé par Dieu, "à l'image de Dieu, il le créa" nous dit la Bible. Alors, nous aussi, écoutons soigneusement la "Parole de Dieu", mais réfléchissons, et prenons conseil s'il le faut, pour interpréter en vérité ce que le Seigneur veut nous dire aujourd'hui, à travers sa Parole, et aussi à travers les rencontres avec nos frères qui peuvent aussi nous éclairer.

"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.

P. Jean-Marie