HOMELIE POUR LE DIMANCHE 22 NOVEMBRE

« Nous voici, frères et sœurs, au terme de notre année liturgique et ce terme est un couronnement ! Nous fêtons le Christ Roi ! Nous fêtons son règne comme un anniversaire ! Un an de plus de règne depuis plus de 2000 ans. Malgré tout, malgré les pleurs, les peurs, les doutes, les échecs. Avec les joies, les moments suspendus de joie intense, de rire, d’amitié, de tendresse, d’attention, de délicatesse qui font le tissu de nos vies. Un an de plus où malgré tous les moments de violence et de haine et dans tous les moments de bonté, tu as régné Seigneur. Mais au fait, de quoi parle-t-on ? Car qui dit Règne, dit Roi et qui dit Roi, dit signes de la royauté, trône doré, puissant, surélevé, pour manifester sa supériorité. Qui dit Roi, dit couronne, richesse, aisance…qui dit Roi, dit sceptre royal, signe du pouvoir et de la domination. Dans notre histoire, l’art a souvent représenté la royauté du Christ avec la majesté d’un roi humain, la position assise du sage qui enseigne, le manteau royal et la couronne en or. Elles sont belles, ces représentations, mais elles demandent une interprétation au risque de duper. Et on s’est trompé dans notre histoire en conférant à nos rois terrestres le droit divin, la légitimité de Dieu dans leurs actions politiques, comme si c’était Dieu lui-même qui réglait les impôts, rendait la justice et faisait la guerre. Comme si Jésus attendait de nous un règne politique, un ordre social chrétien s’imposant à toute la terre. S’il attend de nous que nous l’aidions à régner, ce n’est pas en instaurant une démocratie chrétienne, même si l’action politique doit aussi nous concerner. Il n’attend pas de nous une quelconque prise de pouvoir. Mais il attend quoi au juste ? Comment qualifier le règne de Dieu ? L’évangile de Matthieu représente Jésus sur un trône dans la position de celui qui va rendre la justice et rétribuer chacun en fonction de ses mérites. Au terme de l’histoire des hommes, Jésus aura l’autorité, son règne sera visible de tous. L’ordre qu’il instaure sera désormais la seule et unique loi. Mais quelle est-elle, cette loi ? Paradoxalement, dans la parabole, les obéissants, ou du moins ceux qui se disent tels, sont rejetés de la communion. En revanche ceux qui, en aucun moment, n’ont perçu qu’ils agissaient pour le roi, en vis-à-vis de lui, sont récompensés : premier coup donné au mérite de la seule obéissance à Dieu, ou à la recherche des faveurs divines. La vie spirituelle ne consisterait-elle pas à sauver nos âmes en cherchant par nos actes les faveurs de Dieu ? Apparemment non car ceux qui n’ont absolument pas cherché à plaire au Roi ont cependant répondu à ses attentes. Le secret est si beau, et Jésus fait exprès dans sa parabole de nous mettre dans l’embarras en récompensant l’ignorance de faire le bien, l’inconscience de devoir sauver son âme…Derrière, on a la perle précieuse de l’évangile, qui n’est pas la stricte obéissance à la loi de Dieu ou la pratique rigoureuse de la loi en vue de sa justification individuelle. La spiritualité chrétienne n’a jamais été un simple chemin de quête de rédemption individuelle, de libération de ses démons, de ses difficultés, ou de perfectionnement intérieur. La spiritualité chrétienne est une spiritualité de communion, de partage et de gratuité d’amour. Il n’y a pas d’âme à sauver, de péché à vaincre, de perfection à atteindre mais des frères et des sœurs à aimer, ici et maintenant. Car le règne de Dieu n’est pas à venir, mais il est là parmi nous, à chaque fois que se donne un sourire, que se tend une main, que se partage un rire, que se rompt le pain. C’est ce règne du Christ qu’en ce jour nous fêtons : fêtons tous les sourires de l’année qui nous ont fait du bien, les mains tendues, les fous rires et les larmes qui nous ont dit « tu n’es pas seul, ta douleur est la mienne ! ». C’est ce règne que nous fêtons et auquel nous croyons pour aujourd’hui et vers demain. » P. Frédéric-Marie