Dimanche 2 août :

Les lectures de la messe de ce dimanche sont tirées du livre du prophète Isaïe, chapitre 55,1-3, de la lettre de Saint Paul aux Romains, chapitre 8,35-39, et de l'évangile de saint Matthieu, chapitre 14,13-21.

 Les chapitres 14 et 15 de l'évangile de Matthieu que nous allons lire à partir de ce dimanche sont particuliers puisqu'ils sont aussi cités, presque mot à mot, dans les 3 autres évangiles. D'après ce que nous pouvons savoir de la formation des évangiles, des recueils des paroles et des miracles de Jésus ont circulé dans les premières communautés chrétiennes, et les évangélistes ont mis en ordre, petit à petit, ces divers récits. Si Matthieu, Marc, Luc et Jean ont retenu cet épisode de la première multiplication des pains, c'est qu'il était considéré par les communautés chrétiennes primitives comme essentiel.

Ils nous racontent un épisode important. Dans son village de Nazareth Jésus vient de vivre un échec : il enseigne dans la synagogue à la foule, nous dit l'évangéliste, et les villageois sont d'abord étonnés de voir quelqu'un qu'ils connaissent bien, parler avec autorité, puis ils sont choqués de ce qu'il dit, et Jésus en arrive à leur dire : "un prophète n'est méprisé que dans sa patrie !" ; Matthieu ajoute même "il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là à cause de leur manque de foi." Aussitôt après, on informe Jésus de l'exécution de Jean-Baptiste, son cousin, dans sa prison, sur l'ordre d'Hérode. Le passage lu aujourd'hui se place aussitôt après ces événements. Et nous voyons Jésus, avec ses apôtres, monter dans une barque pour s'éloigner de la foule et chercher un endroit désert pour, sans doute, se reposer au calme et éviter un attroupement qui attire l'attention des autorités civiles. Mais les habitants qui voient la barque longer le rivage, et non pas se rendre de l'autre côté du lac, comprennent et marchent le long de la berge vers le même endroit que tout le monde semble connaître. Quand Jésus et ses apôtres débarquent, ils découvrent la foule qui est déjà là et les attend. Jésus est "saisi de compassion" nous dit Matthieu et "il guérit leurs malades". Malgré la fatigue, et la crainte d'attirer l'attention des autorités civiles sur cette foule plus ou moins contestataire, Jésus accueille leurs demandes, les écoute et guérit les malades qu'on lui présente. Il est attentif à la détresse de tous et il met en œuvre cette miséricorde de Dieu qu'il ne cesse de prêcher. Ce sont les apôtres qui s'inquiètent alors et demandent à Jésus de renvoyer la foule, pour qu'ils aillent s'acheter de quoi manger dans les villages des alentours. Jésus provoque ses disciples en leur disant : "Donnez-leur vous-mêmes à manger" et les disciples, bien sûr, avouent leur impuissance : "nous n'avons que cinq pains et deux poissons !"

Jésus leur demande alors d'apporter ce qu'ils ont, puis il dit à la foule de s'asseoir dans l'herbe, on est au bord du lac ! Il prend ces 5 pains et les 2 poissons, prononce la bénédiction, rompt les pains et les donne aux disciples qui, à leur tour, les distribuent à la foule, de même pour les poissons. Tous mangent et sont rassasiés, nous dit l'évangile ; il reste même de quoi remplir 12 paniers ! L'évangile ajoute que la foule comptait environ 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants... Très souvent dans la Bible et dans les évangiles, il ne faut pas prendre au pied de la lettre les chiffres annoncés ; l'intention est d'insister sur l'abondance et la profusion du don de Dieu (par exemple on peut penser aux associations caritatives, Secours catholique ou St. Vincent de Paul, et essayez d'imaginer une distribution de nourriture par 12 volontaires à plus de 5000 personnes, avec en plus une foule non organisée : toute une journée ne suffirait pas !).

Au moment où Matthieu écrit son évangile, quelques dizaines d'années après l'événement, il veut attirer l'attention sur le sens de ce miracle : Jésus est attentif aux besoins et aux attentes de son peuple et il est là pour y répondre, mais il veut avoir besoin de ses disciples, il veut les faire participer à sa mission. Après tout, tant qu'à faire un miracle, il aurait pu, par sa prière, faire que cette foule soit rassasiée et n'ait plus faim, sans aucun autre signe matériel. Quand il raconte ce miracle, Matthieu évoque ce qui est déjà un usage chez les premiers chrétiens à travers le "partage du pain", le souvenir du repas eucharistique que Jésus a institué la veille de sa mort sur la croix : "Prenez et mangez, ceci est mon corps : faites ceci en mémoire de moi". Et ce don qu'il a fait de sa vie pour notre salut, il a voulu que nous le célébrions pour faire mémoire de lui. Et il a voulu que ce signe de sa présence parmi nous soit, comme lors de cette première multiplication des pains, abondant et destiné à tous ceux qui l'ont suivi pour écouter sa parole ; il a demandé à ses disciples d'effectuer cette distribution comme, aujourd'hui, c'est le rôle de l'Eglise et de ses ministres d'assurer aussi bien la proclamation de sa Parole que le don du Pain qui fait vivre. En recevant le corps du Christ, pensons à remercier le Seigneur pour ce don qu'il nous fait, et pensons à prier pour tous ceux qui consacrent leur vie à la mission, particulièrement dans les pays où il est interdit d'afficher sa foi au Christ, où les chrétiens sont persécutés et menacés. Que le Seigneur nous aide à être toujours plus fidèles à sa parole et à en être des témoins dans notre vie. Amen