HOMELIE POUR LE 13 ° DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE / DIMANCHE 28 JUIN 2020

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». « Elle est dure cette parole qui peut l’entendre » (Jean 6,60) ? C’est ainsi que la foule ayant écouté le discours du pain de vie va réagir dans l’évangile de Jean.

La parole du Seigneur parfois nous dérange, nous déstabilise ! Et celle que nous recevons aujourd’hui vient comme exprès nous choquer en touchant des points sensibles…Tout naturellement, quand on questionne des adultes sur ce qu’ils ont de plus précieux, ils répondent nos enfants si ils en ont et leurs parents. Quand on questionne des jeunes ou des enfants, ce sont les parents et les grands-parents, parfois aussi le chat ou le chien de la maison. Jésus ici touche le point sensible : ce qui nous est le plus cher, ce à quoi nous tenons le plus, ce qui fait notre joie. Et il nous provoque : tu aimes ton père, tu aimes ta mère, tu aimes ton enfant, et tu fais bien, mais si tu l’aimes plus que moi, tu ne peux être mon disciple !

C’est radical : «  si tu aimes ce que tu aimes spontanément le plus ! », tu ne peux être digne de moi, digne de l’évangile ! Je pense que chacun de nous qui entendons aujourd’hui cette parole pouvons dire en vérité qu’elle nous heurte toujours, même si nous l’avons déjà beaucoup entendue. Alors la question que nous devons nous poser est la suivante : «  Que faisons-nous des paroles dans l’évangile, qui nous heurtent ? ».

On peut relativiser, se dire, « il n’a pas voulu dire strictement cela, c’est une figure de style », parfois c’est vrai. Mais nous laissons-nous aussi être choqués par les paroles du Seigneur ? Que deviendrait un évangile ramené à ce que j’en comprends et conçois comme réalisable à mes yeux ? La Charité : une figure de style pour la gentillesse, l’amabilité ou la politesse ? Le pardon  70 fois 7 fois : un appel à essayer de ne pas être trop dur dans les relations humaines ? Le désir de voir Dieu : une image du désir d’un monde plus juste ? L’appel à donner son manteau à celui qui réclame ta tunique : une image d’un minimum de générosité ?

Ainsi se pose pour nous une autre question : finalement à quoi sert la Parole de Dieu ? Est-elle une parole pour nous rappeler aux évidences premières d’un minimum de respect, de justice, de contrôle de soi ? Ou a-t-elle une portée bien plus large et surtout bien plus transcendante ?

« Qui vous accueille, m’accueille et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé ! ». A travers cette parole nous est signifié qu’accueillir un témoin de la parole, c’est accueillir la parole du Christ lui-même et accueillir la parole du Christ, c’est accueillir la transcendance même de Dieu !

A quoi sert la PAROLE DE DIEU ?  En a-t-on besoin pour penser des évidences comme la nécessité d’un minimum de respect, de justice, de contrôle de soi pour des rapports humains le plus apaisés possibles ? Non, notre jugement nous le dit déjà….

Mais nous en avons besoin pour pardonner 70 fois 7 fois, ce qui humainement n’est ni spontané ni apparemment intelligent !

Nous en avons besoin pour aimer non pas comme nous aimons ceux qui nous aiment, dans un échange réciproque, mais comme Jésus aime, en acceptant même de perdre notre vie pour l’autre ami ou ennemi !

Nous en avons besoin pour croire qu’au-delà de la mort et de cette vie, se tient celui qui est le Vivant et la source de la Vie et avec lui une espérance d’éternité !

La parole est là pour nous rappeler que nous sommes appelés à vivre au-delà de nous-mêmes, à découvrir que nous sommes faits pour cet au-delà ! Elle est nécessaire pour nous inviter à faire ce que jamais nous n’aurions fait seuls, par nous-mêmes, elle est le rappel et l’instrument de notre transcendance de notre élévation à la dignité qui est la nôtre, qui n’est pas dans la foi celle d’animal supérieur, mais d’une humanité à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Prions les uns pour les autres afin de rester vigilants à ne pas réduire le message et surtout l’appel que Dieu nous adresse dans sa parole  à monter plus haut, comme le signifie le mot « catéchèse » ! Appeler plus haut !

Père Frédéric-Marie Lauroua